de Placid » Lun 28 Mar 2005, 09:55
un petit conte pour les copains :
Comment j’ai connu Pif et ses amis et voulu les rejoindre
Nous sommes derrière le rideau de fer dans les
années de guerre aussi froide que pouvaient être les hivers de Roumanie, dans les années
50. Croyez-moi, c’était quelque chose : mes souvenirs des hivers de cette époque, c’était la
neige dégagée sur le bord de la route qui dépassait facilement mon hauteur de l’époque, et ça
n’était pas inhabituel.
Né dans une belle et grande maison à Bucarest, qui par la volonté
de l’histoire et des alliés, ressemblait, pour mon jeune age et à mon ingénuité, plus à la pension
Radicelle qu’à la demeure du Docteur Jivago, je découvrais Vaillant le journal le plus
captivant.
C’est ma tante, la sœur de ma mère, avec l’air sévère de Mlle Radicelle qui
surveillait de près mon éducation, après celle de mon frère aîné. Médecin, elle était prête à
passer son métier après notre bonheur. Elle avait réussi à donner à mon frère le goût pour la
lecture et pour la langue française. Son arme la plus efficace était des grands et beaux
albums, des recueils de « Vaillant, le journal le plus captivant », qu’elle dénichait dans l’arrière
-boutique d’une petite librairie qui ne payait pas de mine. Et elle était prête à se battre, pour les
avoir. Elle m’avait raconté comment, un jour, un de ses chefs, arrivé après elle, essayait de les
lui piquer. Je me l’imaginais volontiers, défendre héroïquement ces trésors à coups de
parapluie. Bien fait !
Tout ce que je me souviens de cette époque éloignée, dans les
années 50, ce sont les histoires joyeuses et colorées de Pif et de sa famille, de Placid et Muzo,
de la Pension Radicelle et aussi les fantastiques aventures du petit fantôme, Arthur. Je
dévorais tout ça du regard, plus que je ne lisais. En effet je n’avais pas encore appris à lire,
mais m’immerger si tôt dans cet « illustré » au format aussi grand que moi, m’ouvrira un amour
pour l’image sous toutes ses formes. Je garderai toujours en mémoire cette odeur de papier et
d’encre qui ont longtemps bercé mon enfance.
Quelques années plus tard, au tout début
des années soixante, je me rappelle notre facteur qui, dans son grand carton gris plié, lui
servant de musette, accroché à son épaule par un cordon en cuir, nous apportait le courrier,
mais surtout, chaque semaine, le journal Vaillant. Nous avions un lapin noir qui, tous les
matins, nous rendait visite dans notre lit et semblait encore plus heureux, avec nous, les jours
où il participait à la cérémonie de la lecture du « journal le plus captivant ».
La passion pour
ces amis imaginaires et leurs aventures était devenue si forte que j’envisageai déjà de les
rejoindre. Je devais avoir quatre ans quand j’ai organisé une première tentative. J’ai prémédité
mon coup. Dans la maison, une petite valise de la taille d’un attaché-case, avait pour moi la
taille d’une vraie valise. Après y avoir rangé l’essentiel : un oreiller et, comme le célèbre Linus
(des Peanuts), la couverture, je me suis paré de mes plus beaux attributs, mon beau costume
pour « les-dimanches-et-jours-de-fête », un très beau costume marron en velours rayé, un
deux-pièces : veste et pantalons courts. J’étais tout fier dedans, ça me changeait des vieux
vêtements de « bébé » que je portais ces dernières années. Il était pour moi entendu que les
amis que je voulais rencontrer se trouvaient quelque part à Paris. Et Paris, pour moi, était un
endroit suffisamment éloigné, où l’on se rendait forcément en train. Et pour prendre le train, c’
était entendu, je devais me rendre à la grande gare, la Gare du Nord de Bucarest. Et pour
parvenir à cette fameuse gare, il y avait un moyen très fiable, c’était la ligne de bus numéro 33
(comme chez le médecin). Et ce bus se trouvait, je le savais, au coin de ma rue, limite de mon
univers connu et exploré. Cela ne m’empêchait nullement de partir d’un pas joyeux, en
sifflotant aussi peut-être, pour me rendre à l’arrêt du bus. Heureusement, pour mon existence
et aussi, je l’espère, pour le plaisir que vous pouvez éprouver aujourd’hui à me lire, une autre
tante, car j’en comptais beaucoup plus à l’époque, m’intercepta et me poussa gentiment à
regagner mon domicile. Cette drôle d’histoire, somme toute avec une belle fin, ma toute
première aventure dans le monde de la bande dessinée, une bonne dizaine d’années plus
tard, me faisait avoir une excellente note en français, pour une composition libre sur le thème,
un peu bateau, je vous l’accorde, du plus beau jour de ma vie. Mais ce qui est encore plus
impressionnant, c’est que vingt ans plus tard, je me rendais à la rédaction de Pif Gadget, pour
trouver du travail.
Dernière édition par
Placid le Dim 11 Avr 2010, 11:37, édité 2 fois.
Le Gang des
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Vaillant et heureux de l’être ![/link]