Romano Scarpa

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Romano Scarpa est né à Venise le 27 septembre 1927, d’un père boulanger.

Ses débuts

Enfant, il voue une véritable passion aux dessins animés, notamment ceux de Walt Disney. Il lit assidûment le journal Topolino qui édite en Italie les aventures des héros de Disney et il écrit régulièrement des lettres, souvent publiées dans le courrier des lecteurs. La guerre puis la passion du dessin animé lui font abandonner ses études artistiques en 1943 et, deux ans plus tard, il monte un petit studio d’animation, dans un pays, l’Italie, où cette technique en est encore à ses balbutiements. Il réalise en 1946 "...E poi venne il diluvio", un court-métrage se déroulant à la préhistoire, suivi de spots publicitaires (il se souviendra quelques années plus tard de cette époque dans le récit « Topolino e il gigante della pubblicità »...). En 1951, son court-métrage « La piccola fiammiferaia », inspirée d’un conte d’Andersen (« La petite marchande d’allumettes ») est diffusé en première partie du film « Attak » de Robert Aldrich et obtient un petit succès d’estime.

Topolino

Par la suite, Scarpa concrétise son rêve en dessinant à partir de 1953 dans le journal de son enfance, Topolino où il avait tant admiré les strips de Mickey, signés du grand Floyd Gottfredson (qui est à Mickey ce que Carl Barks est à Picsou). Son premier récit s’intitule "Biancaneve e Verde Fiamma" ; c’est une histoire mettant en scène Blanche Neige et les 7 nains sur un texte de Guido Martina, publiée dans Topolino n°78 à 80 (Blanche neige et Flamme Verte). Par la suite, en 1955, il ressuscite avec Martina Le Fantôme Noir (Macchia Nera), un ennemi maléfique de Mickey créé en 1939 par Gottfredson, mais, très rapidement, Scarpa se met à écrire lui-même ses propres histoires. En fait, dès 1956, il tranche radicalement avec le type de scénarios habituellement mis en place par Martina, dans l’étrange récit “Paperino e i gamberi in salmì” ("Donald et les écrevisses en civet" publié dans Mickey Parade n°1) où Donald recherche un important scientifique kidnappé qu'il ne retrouvera jamais. Et pour cause ! le rapt s’avérant un faux enlèvement mis en scène par Picsou dans le dessein de racheter pour rien l’un des plus grands quotidiens de la ville. Alors que tout tend à faire croire à la duplicité de Picsou, Scarpa révèle au seul lecteur qu'il a en réalité agit en philanthrope avec la complicité du scientifique et aidé la science... Ainsi, Romano Scarpa, à l’opposé du scénariste Guido Martina, nous montre de Picsou un aspect plus « généreux » que sa simple caricature italienne, renouant en quelque sorte avec le Picsou original, celui de Carl Barks, au cœur plus tendre que le Scrooge de Dickens...

Scarpa récidive deux ans plus tard dans " Picsou joue les bienfaiteurs" (Picsou Magazine 111) où l’oncle Picsou est décrit au début de l'histoire comme un égoïste qui méprise les philanthropes. Il entre en guerre avec un de ces fameux mécènes et on ne découvre qu’à la dernière case que c'est Picsou lui-même qui finance le philanthrope, sa pudeur naturelle lui faisant fuir les louanges...

Cependant, de son propre aveu, Scarpa a toujours préféré dessiné Mickey : sa première grande histoire le mettant en scène est le mythique et hilarant « Topolino e il mistero di Tapioco VI » en 1956 (publié dans Mickey Parade 10), dans lequel l’auteur rend hommage à Floyd Gottfredson en adoptant une structure narrative sous forme de strips comme dans les journaux des années 30. Il va jusqu’à insérer de fausses signatures « Walt Disney » pour faire croire que les bandes proviennent des USA (et ça marche !). Les strips humoristiques se succèdent les uns aux autres dans un rythme jubilatoire de drôlerie, de mystère et d’invention, Scarpa s’efforçant de conclure chaque strip de 4 vignettes par un gag, notamment dans « Mickey et le super champion » en 1957, où suite à une contamination radioactive, Dingo devient un invincible champion de boxe (Journal de Mickey 321 et Mickey Parade 19) ! Cette histoire sera notamment publiée dans un numéro de Spécial Journal de Mickey Géant, revue pourtant « réservée » aux récits américains de Barks ou Tony Strobl, entre autres.

Les nouveaux personnages

Durant ces années où l’auteur donne le meilleur de lui même, Scarpa multiplie les nouveaux et passionnants personnages dans l’univers de Mickey ou de Picsou, dont certains feront date. En 1957, dans « Topolino e il Pippotarzan », il invente un frère tarzanide à Dingo, Pappo. Deux ans plus tard dans « Topolino e la Dimensione Delta » il ressuscite le professeur Mirandus (Dr Einmug) une création de Floyd Gottfredson, datant de 1936 et créé un nouveau et étonnant personnage : un atome agrandi deux billiards de fois, Atominus Bip-Bip (Atomino Bip-Bip) qui est un peu son Iga Biva à lui : il reviendra dans de nombreuses aventures de Mickey, pour le plus grand bonheur des lecteurs. En 1960, il invente le personnage de Tante Miquette (Zia Topolina) et de Gertrude (Trudy), l’irritante compagne de Pat Hibulaire (Gambadilegno) dans « Topolino e la collana Chirikawa ». Mais surtout, cette même année, il imagine dans l’hilarant « Zio Paperone e l’ultimo balabù » un personnage révolutionnaire dans l’univers des canards (Carl Barks lui même n’a pas osé !), avec la « fiancée » de Picsou, Brigitte MacBridge, en réalité une matrone prête à tout pour épouser Picsou ! En 1961, il créé Codino, un petit hippocampe dans « Codino, cavallo marino » qui semble inédit en France. 1961 est également l’année de naissance de Filo Sganga (dans « Zio Paperone e il ratto di Brigitta »), parfois traduit chez nous en Phil Hature, escroc à la petite semaine, businessman de pacotille, sorte de « négatif » de Picsou, souvent complice des plans ourdis par Brigitte dans le but de prendre Picsou dans ses filets. La même année, dans « Mickey empereur de Calidornie », Mickey affronte son sosie Kid -Mickey, un outlaw à la Billy the Kid, dans une savoureuse parodie de western.

Inspiration cinématographique

Certaines des histoires de Scarpa sont d’ailleurs inspirées de films comme par exemple « Topolino nel favoloso di Shan Grilla » (1961) d’après « Lost Horizon » de Frank Capra (1937). D’un autre côté, le long métrage « Riusciranno i nostri eroi a ritrovare l’amico misteriosamente scomparso in Africa ? » d’Ettore Scola (1968) s’inspire d’un récit de Scarpa (Topolino e il Pippotarzan) !

Après 1963...

Mais à partir de 1963, le maestro n’écrit quasiment plus ses histoires, et cela va durer une demi-douzaine d’années. En 1964, cependant, il créé graphiquement Sgrizzo Papero (dans Topolino 465), un cousin de Donald au sale caractère et « ressuscite » dans Topolino 430 le corbeau Génius, personnage créé par Bill Walsh et Manuel Gonzales. Pour beaucoup, la période la plus intéressante de Scarpa se situe avant 1963, l’auteur semblant ensuite privilégier la quantité à la qualité : on ne retrouve plus, il est vrai, dans les récits suivants toute cette magie, la touche Scarpa (comme il existait une touche Lubitsch au cinéma) qui faisait le charme de ses histoires devenues des classiques. Même les quelques aventures qu’il écrit lui-même n’ont plus cette richesse, cette invention qui caractérisaient ses chefs d’œuvre antérieurs. Les principaux scénaristes sont alors Cimino, Barosso ou Martina (qui renoue parfois avec de grandes parodies comme « Capitaine Fracass ») et même Jerry Siegel en 1972-74 (oui, le papa de Superman).

De même, le style graphique devient plus nerveux, moins délirant : faut-il y voir l’influence grandissante de son assistant, Giorgio Cavazzano, qui a encré ses dessins de 1961 à 1972 ? Néanmoins, les récits sont plaisants, alertes et toujours très rythmés. Ils mettent en scène les habituels protagonistes (Picsou, Donald, Brigitte, Mickey, Dingo) et parfois même Grand Loup, Super-Dingo ouFantomiald. Par la suite d’autres (futurs) grands noms du fumetto encreront Scarpa comme Luciano Gatto ou Luciano Capitanio. Au final, Scarpa aura produit plus de 450 récits Disney ! Côté intime, l’auteur se marie avec Sandra Zanardi à Venise. En 1971, c’est d’ailleurs cette fois du côté vie privée, que Scarpa créé une nouvelle vie avec l’arrivée de sa fille Sabina, «... le meilleur personnage qu’il ait inventé ».

retour aux sources ?

Au milieu des années 70, Romano s’est remis à l’écriture (signant notamment une nouvelle aventure de Brigitte et Picsou pour le millième numéro de Topolino !) et il essaie de produire des histoires dans le style de celles qu’il avait tant aimé, enfant, imaginant à nouveau quelques bijoux d’humour et d’invention qui empruntent souvent à des films connus comme « Topolino e l’enigma di Brigaboom » (1989), bien évidemment inspiré de « Brigadoon » (1954). En 1975, il donne un fils à Génius, prénommé Félix (Bruto) dans « Génius légionnaire » (Mickey Parade 82) : ce nouveau personnage va accompagner Mickey dans ses aventures suivantes (il le mettra même en scène dans un dessin animé en 1981).

Non Disney

Scarpa n’a pas dessiné que du Disney : il a aussi illustré brièvement Lupo, une bande allemande de Rolf Kauka (dans Fix und Foxi) et adapté Yogi Bear d’après le dessin animé d’Hanna Barbera pour Mondadori (dans Braccobaldo). Dans les années 50, il a dessiné Angelino, un petit ange imaginé par Paul Campani dans le cadre d’une campagne publicitaire télévisée dans « Carosello » (une dizaine d’épisodes écrits par Massimino Garnier dans le mensuel Girandola TV).

Animation

Par ailleurs, il s’est aussi remis à l’animation pour la télévision à partir des années 70 : « Aihnoo degli Icebergs » en 1973 pour la RAI, « The Fourth King » pour les USA (1976) et les aventures de Marco et Gina (Sopra i tetti di Venezia) (26 épisodes en 1998-2001, France Animation). Côté Disney, il réalise en 1982 un dessin animé Allegra Brigata Disney et prend contact avec les studios Disney de Burbank en Californie mais toutes ses tentatives ne donneront aucun résultat.

Aux USA

Toutefois, depuis 1988, consécration suprême et une première pour un auteur italien, ses bandes sont publiées aux USA par Gladstone. Carl Barks, lui-même rendra hommage à Romano (et à son personnage de Brigitte), lui écrivant en 1975 (et lui suggérant même une histoire, ce sera « Zio paperone e il casca d’oro » !) « Dear Romano (and Brigitte)- Sorry to be so slow at sending this slide. Have been very busy painting. Gare and I enjoyed meeting you and the other fine artists and writers. We wish you much success. Carl Barks ». Alan Moore, le fameux scénariste anglais de Watchmen et From Hell, a cité les histoires écrites par Romano Scarpa parmi ses influences majeures. En 1988, son récit épique « Paperolimpiadi » est alors la plus longue histoire Disney jamais dessinée (250 planches !). En 1990, le maestro reçoit un Yellow Kid au salon international de la BD de Lucca. Dans ses dernières années, l’auteur vivait en Espagne près de Malaga...

En France

En France, on a pu (et on peut encore) découvrir les bandes de Scarpa essentiellement dans Mickey Parade (qui publie les longs épisodes parus dans Topolino) mais aussi parfois dans Picsou Magazine (avec ceux, plus courts publiés dans Almanacco Topolino) et, plus rarement dans Super Picsou Géant ou encore le Journal de Mickey (voir l’index des épisodes publiés en France, ci-après). D’ailleurs, en 1998 pour le 60ème anniversaire de Mickey, les responsables de Mickey Parade reconnaissent Romano Scarpa comme l’un plus grands dessinateurs de Mickey et dédient l’année de publication au maître en proposant dans chaque numéro une de ses meilleures histoires accompagnée d’un commentaire de son « biographe », Luca Boschi.

Romano Scarpa est mort le 6 avril 2005.

Liens externes

Auteur de l'article

  • Fabrice Castanet